VAGUE DE BEAUTE

REVEUR

 

Je suis un rêveur et ce n’est pas mon métier, juste mon passe-temps !

Tu devrais t’y essayer toi le passant, allez, pose-toi une minute sur ton banc

C’est facile, tu verras, je vais t’expliquer, donne-moi la main et suis mes yeux

Bien joué l’ami, tu commences à peine et te voilà déjà enfant, un vrai petit dieu

Regarde le ciel, le soleil et ces nuages qui changent de forme à chaque instant

Laisse-toi saisir par la beauté de cette femme, sa douceur, son regard étincelant

Ecoute ce musicien que personne n’entend, vibre avec lui, mets-toi au diapason

Respire l’odeur de ces fleurs aux mille couleurs qui volent au vent à la belle saison

Amuse-toi et ris avec ces enfants qui jouent et chantent en dansant

Tends ta main à cette dame, à cet homme ; ils en ont qui sait besoin, juste un instant

Dis donc, tu es doué le passant, te voilà déjà rêveur, c’était en toi, un vrai petit bonheur

Comment te remercier ? j’ai changé d’avis grâce à toi, j’en ferai mon métier : chasseur d’impossible !

Oui, je traquerai sans relâche la noirceur, le sombre et la tristesse, le laid, le mercantile

Cela n’a pas de prix, j’irai libérer les sourires et les beautés prisonnières, ici et là

Ne dites jamais un rêveur qu’il est rêveur, il se sentirait sans voie, c’est sa raison d’être, toute sa foi !

La tisseuse de bonne aventure

Ta vie ne tient qu’à un fil, tu le sais et qu’importe le destin, les visions de cette tisseuse de bonne aventure, tu dois vivre et accomplir ta mission.

Sois fière de ton passé, de ce que tu es, tu étais tantôt neigeuse sur le Ben Nevis, tantôt immaculée au petit matin sur les plages de Normandie : quelle beauté, quelle poésie !

Te souviens-tu aussi de ton périple au Cachemire ou encore du pays si doux, Ceylan ?

Tu es un carnet de voyages à toi seule, une projection privée, j’imagine le cliquetis du projecteur, la bobine et le film qui défile sur l’écran de tes yeux bleus.

Te voilà maintenant manteau, ton port est droit et élégant, tu protèges et enveloppes, tu n’as ni chaud ni froid et on ne te quitte pas.

J’aimerais te dire une chose : l’amour protège du froid mieux que toi encore.

Oui, toi aussi tu as le droit à ta manteline, à ta cape, à être  couvée par tous temps, lovée et épaulée. Cela te va d’ailleurs si bien !

L’oiseau bleu

Oh mon Dieu ! J’aurais pu le demander, le rêver, le grand maître me l’a accordé et sans mot dire. Qui aurais pu l’imaginer un jour ? Personne ni moi même d’ailleurs. Alors, voilà l’ami ce qui me fut offert comme offrande prodigieuse : un voyage à la Jules Verne et pas n’importe lequel, non pas un tour du monde, mieux encore :  une descente au pays de mon cœur !

Je ne suis pas un grand homme et il ne me fallut guère que quelques minutes pour descendre l’échelle et passer du siège de mes rêves vers celui dont on parle le plus, l’hôtel des passions, l’endroit en vogue dont on raconte les histoires folles partout en notre univers et depuis toujours.

Comme un saut en parachute, il ne dura que quelques minutes avant que le mouchoir ne vienne freine la chute et que je revienne à la réalité, de la passion aux rêves.

Je me souviens, je vis l’œil effaré de magnifiques cascades, des rivières. Cette eau pure, le sang, m’apparut comme un fluide magique, celui qui porte la vie, l’amour et la fusion. Je ne pus que constater avec émerveillement la beauté du spectacle, une nature sauvage comme à l’origine. Des sons de tambour, tels une fanfare, résonnaient au loin, singuliers, précis. Un ange en voyage d’affaire dans le secteur me dit ceci : « écoute, ce sont les vibrations de l’âme du monde ». Subjugué par tant de beauté, je fus irrésistiblement attiré vers une curiosité, un point de lumière, une fenêtre !  Oui, mon cœur possédait en son sein une ouverture vers l’extérieur et je ne pus résister à la tentation de me diriger vers elle pour y voir le spectacle, telle une promesse, une révélation.

Ce que je vis me laissa sans voix, une larme coula de ma joue pour ruisseler sur moi et rejoindre les flux déchainés. Un petit oiseau bleu était devant mes yeux et virevoltait avec grâce. Il chantait, sifflait tant et si bien que tout devenait muet autour, son environnement écoutait. Il faisait le spectacle avec métier.

Je n’avais rien d’aussi beau à vrai dire dans ma vie : ce volatile était fait de grâce et de douceur. Que dire de son plumage couleur turquoise ?  Cet oiseau brillait de mille feux comme s’il avait toujours été là en moi. Une magnifique perle était dans son bec, ce n’était pas un larcin mais certainement une obole me suis-je dit.

La plus belle femme du monde m’avait dit un jour : « Je suis cet oiseau bleu » et en mon cœur je vis juste un chose : mon amour le plus pur pour elle. Elle, volait de temps à autre à ma fenêtre. Un jour, je lui ouvrirai ma porte.