Interview Days Between Stations

Sepand Samzadeh et Oscar Fuentes forment Days Between Stations. Ce talentueux duo basé à Los Angeles et fondé en 2003, nous a livré en mai 2013 son dernier opus intitulé « in extremis » et ce, après un premier album fort remarqué. A travers leurs histoires respectives, ils nous parlent dans leur disque de la mort, de la vie mais aussi d’amour. La pochette réalisée par Paul Whitehead (Genesis, Van Der Graaf Generator) est remarquable tant elle embrasse bien le concept de l’album. Ce qui retiendra enfin l’attention est la liste impressionnante d’invités de renom sur le nouvel opus du groupe :  Colin Moulding (XTC), Rick Wakeman (YES), Peter Banks (YES/Flash), Tony Levin (King Crimson/Peter Gabriel) et Billy Sherwood (YES/CIRCA:). Départ pour la Californie et rencontre avec nos deux protagonistes.

1) Sepand et Oscar, vous êtes les fondateurs de Days Betweeen Stations. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

S- Je suis né en 1975 en Iran et ce, avant la révolution. Ma famille et moi-même avons ensuite déménagé en Espagne en 1981. Ce fut l’occasion pour moi de m’imprégner de la langue et de la culture espagnole. Mon meilleur ami m’a joué un jour les Beatles, je devais avoir 8 ans, et ce fut pour moi la révélation. A cette époque, je baignais particulièrement dans un environnement pop et classique rock. Nous sommes ensuite partis au Canada en 1986 pour y rester jusque 2001. J’ai ajouté ensuite le punk rock et la musique électronique à mon répertoire et je dois dire qu’en même temps, tout l’esprit de cette musique (rebelle, à contre-courant, expérimentale) me parlait beaucoup ! J’ai en réalité arrêté de jouer en solo en rencontrant Oscar. J’ai fait des études d’ingénieur en mécanique à l’université de Toronto où j’ai été diplômé en 1999. Je me suis ensuite envolé pour Los Angeles en 2001 à la fois pour le travail et pour y suivre un MBA. Je n’ai pas quitté cette ville depuis. Pour revenir à la musique, mon père m’a acheté ma première guitare en 1989 sous la pression de ma mère. Ce fut un grand moment je dois dire ! Je joue aussi de la tar (nom d’une flûte perse), du dobro, de la mandoline et de la guitare « steel ».

O- Je suis né en 1970 à Mexico, fils de Santiago Fuentes Quinard et de Wilda Ruth Bills tous deux respectivement mexicain et américain et eux mêmes respectivement descendants de familles franco-espagnoles et anglo-germaniques. J’ai été élevé et nourri au régime Beatles, Beethoven, Yes, Genesis, Marillion, Jethro Tull en cohabitation avec les musiques mariachis et autres chansons rancheras (la musique ranchera est un genre musical d’origine ouest-mexicaine amplement lié au mariachi qui apparaît au milieu du XIXe siècle). Nous sommes ensuite partis en Californie rejoindre la ville orange. J’avais 15 ans et avais déjà commencé le piano depuis deux ans. J’ai, au cours de mes études à l’université, pu étudier la musique, la littérature et l’écriture et c’est alors que je suis tombé dans le jazz avec notamment Miles Davis, Keith Jarret, Duke Ellington pour ne citer qu’eux. J’ai même eu l’opportunité de prendre quelques cours avec Charlie Otwell qui fut à l’époque le pianiste de Poncho Sanchez, un grand nom du jazz latino-américain. A 21 ans, j’ai donc commencé à jouer avec mes propres groupes (Shannons’s Closet) et me produisais donc dans des bars et petites salles de concert assurant parfois des premières parties. A l’époque, je publiais même de la poésie et quelques histoires courtes. De graves problèmes de santé autour de ma glande thyroïde m’ont forcé à arrêter l’écriture alors que j’étais en plein milieu d’une nouvelle. J’ai ensuite rencontré Sepand à une époque où je ne faisais plus rien, ni même jouais de la musique : j’étais déprimé.

2) Le groupe a été formé en 2003. Quelles étaient vos aspirations profondes ?

S – Nous voulions juste faire de la musique pour nous et notre seul plaisir. C’était comme une thérapie tout en profitant des quelques années de jeunesse qui me restaient. Jamais nous n’aurions pensé que tout cela puisse arriver.

O – Avec Days Between Stations, notre premier album, je rêvais juste de produire la meilleure musique qui soit avec l’idée fixe de vraiment faire de mon mieux, de toute mon âme, comme si c’était la dernière chose que j’allais faire sur cette terre. J’ai été immensément chanceux de rencontrer Sepand non seulement parce que c’est un super mec et que je l’aime comme un frère mais aussi parce que nous nous complétons à merveille musicalement. Sepand a l’art de mener les projets à leur terme alors que personnellement, je pourrais fignoler une chanson pendant 10 ans.

3) Le nom du groupe est directement tiré d’une nouvelle éponyme de Steve Erikson. Pourriez-vous nous parler de ce livre? Vous nous donnerez qui sait envie de le lire.

O- Dans les années 90, j’ai lu la première nouvelle de Steve Erickson intitulée Days Between Stations. J’ai vraiment adoré son style à la limite de la poésie, sa structure non linéaire et le fait qu’il emprunte une quantité de genres différents. C’est comme si cet auteur faisait du rock progressif à sa façon, en créant sans se poser de questions, en allant de l’avant au service de l’art sans se soucier de notions comme la rentabilité.

S- J’ai lu ce livre deux fois et je me suis rendu compte que j’aimais vraiment chaque page même indépendamment des autres ! Cette œuvre symbolise parfaitement l’image que nous avons de notre musique et de ses différentes facettes.

4) En 2004, vous envoyez une maquette à Bruce Soord de The Pineapple Thief qui vous répond favorablement en incluant votre contenu dans le titre Saturday de l’album « Pineapple’s thief 12 stories ». Peut-on parler de déclic pour vous ?

O- Oui, sans aucun doute. En vrai fan du groupe, je dois avouer que retrouver ma musique sur un de leurs albums était presque inimaginable. J’étais aux anges !

S- Je me suis senti très fier, avec un sentiment d’accomplissement réel : « ca y est , on est sur un cd ! »

5) Votre premier album a reçu des critiques très positives. Que pensiez-vous à l’époque de tout cela ?

S- Le premier album peut être considéré comme une grande aventure, personne ne nous connaissait et nous voulions juste nous amuser et n’avions aucune pression ! Nous n’étions même pas sûr de vouloir le distribuer pour être honnête. Après quatre ans de travail, d’écriture et après avoir fait appel à un bon nombre de musiciens, nous avons décidé de passer aux choses sérieuses. Cependant, à la fin du processus, nous avons tous deux du faire face à des drames personnels. Au final, cet album résonne donc comme la bande originale officielle de nos vies respectives jusqu’alors, le tout avec beaucoup d’émotion.

O- Nous ne pensions pas recevoir un tel accueil. Ce fut très touchant, à la mesure de notre implication totale dans le projet. Nous aurions déjà été heureux si seulement cinq personnes avaient aimé alors imagine quand toute une kyrielle de chroniqueurs et de personnes ont placé notre album dans leur top 10 de l’année ! Ce fut vraiment incroyable. Je vais te révéler au passage un secret en te disant que la mélodie principale de « requiem for the living » réapparait sur notre nouvel opus et ce, en contre chant (section A du requiem sur in extremis).

6) Dès le départ, il apparaît évident que votre identité multiculturelle ressort dans votre musique, un americano-mexicain et un iranien ayant vécu en Espagne et au Canada. Etes-vous conscient de cela ? Comment cela influence t-il votre art ? J’ai notamment noté que ton oncle, Sepand, chante dans « requiem for the living » .

S- C’est une excellente question. Je considère d’ailleurs qu’un vrai artiste exprime son art de deux façons : une, vis à vis de ses influences artistiques et l’autre, en fonction de sa personnalité. Regarde pour ma part : j’ai vécu sous la coupe du punk rock, la beauté et l’énergie du pur rock n’roll et de cette musique plein d’âme qu’est le blues. De même, en dépit du fait que je ne sois pas franchement amateur de musique perse traditionnelle, mon père en jouait tout le temps et fatalement, cela m’a donc influencé sans le savoir, comme si une base de donnée musicale subconsciente s’était étoffée dans mon cerveau. C’est ainsi que tu peux entendre ces influences perses dans des chansons comme « requiem for the living  (tu as raison, mon oncle chante dans ce titre dans un registre classique perse (une lamentation) et un solo de tar dans « eggshell man ». Enfin, concernant l’aspect de la personnalité, c’est en fin de compte ce qui rendra votre œuvre unique. Souvent avec Oscar, il nous arrive de méditer sur la vie, la mort et les remords que l’on peut avoir tout en étant plus légers parfois ce qui donne des chansons aussi disparates que « radio song » et « the man who died two times ».

O- Mes racines sont à la fois mexicaines et américaines et celles-ci ont forcément influencé ma musique. Les mexicains sont enclins à la mélancolie et c’est une chose bien visible. De même, le blues et le jazz sont très présents dans ma façon de jouer du piano. En même temps, j’ai grandi en écoutant un tas de groupes européens et américains ainsi que les grands maîtres du classique en Europe. Toutes mes influences sont donc extrêmement diverses.

7) Quelles sont vos groupes favoris ? Il me semble essentiel de vous dire que je suis un fan de Yes pour ma part !

O – Moi aussi ! Ma sœur possédait une cassette de « going for the one » et déjà à 10 ans, ce fut une révélation. J’ai aimé instantanément. J’adore aussi Genesis. Tony Banks est un maître pour moi et j’y puise beaucoup d’inspiration dans mon jeu au piano. J’admire aussi Mark Kelly de Marillion ; je suis fan du groupe depuis Script en 1983. Mike Oldfield est tout aussi incroyable sans oublier Kim Crimson et tant d’autres.

  1. Ma liste : Melvins, The Jesus Lizard, Nirvana, Sonic Youth, The Doors, Led Zeppelin, Guns N’Roses, Queen, Radiohead, Pink Floyd, Genesis, The Beatles.

8) « In Extremis » vient juste de sortir en mai dernier. Les chroniques sont élogieuses avec parfois des mentions comme «l’un des meilleurs albums de l’année » ? Dites-nous en plus.

S- Jusqu’à présent, les commentaires ont été exceptionnellement bons et si encourageants ! C’est d’autant plus agréable que nous avons été dans notre bulle, coincé dans notre tout petit studio pendant un bon bout de temps et qu’en sortant de là, nous pouvions légitimement être anxieux.

  1. Les commentaires ont été fantastiques et je dirais même meilleurs que pour notre premier album. C’est assez énorme en fait et on se dit qu’il faudra encore faire mieux la prochaine fois…

9) Qu’est-ce qui différencie vos deux albums ?

S- Il y a quatre grandes différences entre les deux productions. Premièrement, le fait est que nous avons tous deux évolué avec un niveau d’exigence sans doute plus élevé. Ensuite, il y des paroles sur cet album et non plus que des voix. Troisièmement, je dirais l’utilisation assez large d’instruments classiques et exotiques. Enfin, avec toutes ces légendes autour de nous, nous avons été vite obsédés par l’idée de donner notre meilleur.

O- Il y en a une quantité, ne serait-ce qu’au niveau de la forme et de la structure des compositions. Nous avions une idée maîtresse au début mais honnêtement, nous avons opté assez vite pour une approche plus expérimentale.

9) Quel est le sens des paroles au final ? Vous parlez de la vie et des drames qui nous frappent tous un jour : la mort d’un proche par exemple. Je paraphraserai une jolie phrase d’un chroniqueur américain qui disait au sujet d’ « in extremis »: « une œuvre torturée et angoissée qui vous brise le cœur mais qui parle aussi d’amour, d’amours vécus et disparus ». Cela me semble une belle définition en ce qui concerne votre œuvre, non ?

S- Les paroles semblent hors du temps en ce qui me concerne et si existentielles ! Si tu te penches sur la littérature ancienne qu’elle soit grecque, mésopotamienne ou romaine et si tu le compares à la littérature contemporaine, tu t’apercevras que les sujets restent récurrents : on y parle toujours de mort, d’amour et du sens de la vie. Nous ne nous lassons pas de ces questions car chacun se les pose inexorablement. Voir naître mon enfant en pleine conception de l’album a été quelque chose d’assez particulier voire d’assez bouleversant et les thèmes évoqués ci-dessus vous explosent directement à la tête.

O- Je pense que c’est une excellente définition. Tu sais, j’ai vu deux amours s’envoler il y a peu avec la mort de ma mère et de ma sœur. Beaucoup des choses que j’ai pu amener dans l’album parlent de cela. En dépit de tout cela, il reste une sorte d’optimisme quasi métaphysique. La preuve en est qu’à la fin de notre histoire, tout finit bien.

10) Peter Banks nous a quitté en mars dernier. Que pourriez-vous vous dire à son sujet ? Au hasard du livret, j’ai vu, Oscar, que tu l’avais inclus dans ta liste des remerciements sans message posthume. Cela était-il volontaire comme si tu voulais signifier qu’il était toujours en vie quelque part ? Je te concède que ma question peut être étrange !

 S- Je me souviens avoir été très nerveux lors de notre première rencontre. Il s’est tout de suite révélé être une personne les pieds sur terre, drôle et charmante. Nous avons dès lors développé une amitié solide et sincère. Lorsque son ami m’a prévenu de sa mort, je n’ai pu m’empêcher de fondre en larmes, vraiment très affecté. Je me suis alors demandé combien de fois j’avais pu parler à Peter (5, 20 fois ?) et me suis rendu compte que je ne lui avais parlé que peu de fois au final. Alors pourquoi avoir été si triste ? Pour paraphraser Aristote, c’est parce que nos âmes sont entrées en fusion. Peter est toujours vivant, je le ressens dès que j’écoute sa musique.

O- Non, ce n’était pas volontaire de ma part car j’avais déjà rédigé le volet remerciement du livret. En tous cas, il nous manquera beaucoup d’autant que nous espérions retravailler avec lui à l’avenir. Qui sait, il écoute peut-être actuellement notre musique quelque-part et ce, en compagnie de ma mère et de ma sœur.

11) Le casting est impressionnant avec toutes ces légendes autour de vous. Comment avez-vous rencontré Billy Sherwood et convaincu le reste de cette troupe de choc ?

S- Il me semble important de préciser qu’en aucun cas, je n’ai fait appel à ces musiciens célèbres pour vendre plus de disques. Cela est très clair ! Nous avons travaillé ensemble parce qu’ils étaient pour nous les meilleurs par rapport à notre style de musique et aussi, parce que nous avons été sur la même longueur d’onde dès le départ. La liste de musiciens aurait pu être bien plus longue mais tous ne collaient pas au projet. En ce qui concerne le chant, nous avons cherché assidument et désespérément la voix idéale jusqu’à ce qu’un fan nous parle de Billy Sherwood. Dès la première écoute (et dis toi bien que je ne suis pas issu du progressif), je me suis dit « ce type est parfait ! ». C’était très impressionnant. Notre relation a vite dépassé les frontières du registre vocal. Il a co-écrit les paroles, co-produit et mixé l’album tout en amenant avec lui Messieurs Moulding et Wakeman. Nous nous sommes ensuite chargés de contacter Tony Levin et Paul Whitehead pour la création graphique. Tony Banks qui avait adoré notre premier album avait émis l’envie de rejoindre le groupe pour cet album. Que dire ? Les planètes devaient être parfaitement alignées pour que tout se passe de la sorte. Tout a été comme une symbiose parfaite et donc dans un mouvement parfaitement naturel ! Je peux dire avec honnêteté que Billy Sherwood est devenu un ami. Il y a une sorte de chimie incroyable, il nous comprend, il nous pousse toujours à aller de l’avant. Il nous a littéralement pris sous son aile en nous montrant ce que l’on pouvait au final être capable de faire.

O- Dans tous les cas, la question était de savoir si dès le départ, toutes ces personnes appréciaient notre musique, ce qui fut heureusement le cas.

12) A titre personnel, quelle est votre contribution respective sur l’album?

S- Oscar et moi-même sommes en réalité très complémentaires. Quand l’un montre des signes de faiblesse, l’autre prend le relai et soutient son partenaire. Dans certaines situations, je joue le rôle d’accélérateur tandis qu’Oscar me freine ce qui, le lendemain pourra être l’inverse. Ce qui est certain, c’est que nous regardons tous deux dans la même direction.

O- Je pense que nous sommes les deux faces d’une même pièce. Le plus intéressant est que nous pensons différemment et que nos influences ne sont pas les mêmes.

 13) Pour reparler de vos invités de prestige, qu’ont-ils apporté au final ? Pourriez-vous nous présenter le city angel orchestra ?

S- Tout s’est emballé à la fin et nous avons du coup eu si peu le temps de réaliser ! On est toujours un peu « sonné » en pensant au calibre de ces musiciens. C’est mecs là vous catapultent sur une autre planète, il n’y a pas d’autre mot. En faisant cela, ils nous apportent un soutien inestimable comme un message qui dirait « continuez ! ». Nous voulions aussi être à notre meilleur niveau pour ne pas décevoir nos maîtres.

O- J’ai le plus grand respect et une admiration totale envers tous mes invités. J’ai grandi en écoutant leur musique alors tu peux imaginer le bonheur que j’ai eu à construire ce projet et à faire de la musique avec eux. Billy Sherwood est un authentique Mozart contemporain, un pur génie. Sur n’importe quel titre, il nous trouvait en un instant des mélodies vocales et des harmonies impeccables qu’il enregistrait en un clic dans la foulée ! Ceci dit, je ne déprécierai en aucun cas le travail des autres musiciens certes, moins connus : Matt Bradford et sa dobro, Ali Nouri et sa flûte perse (tar), l’oncle de Sepand, Jeffery, Josh Humphrey pour le réglage des synthétiseurs, le « Barbershop  quartet » et bien entendu, Chris Tedesco et son « Angel City Orchestra » que j’ai rencontré à l’université d’UCLA alors que nous étudions les techniques de montage vidéo. Ces gens ont bossé sur un tas de musiques de films que vous avez certainement déjà vus et sont capables de tout jouer, ils sont vraiment incroyables.

 14) Quelle serait votre morceau favori ?

S- Eggshell man, sans hésiter.

O- Joker ! C’est comme si tu me demandais de choisir entre l’un de mes chats. (rires).

15) Vous semblez vraiment attacher une grande importance aux sons, aux textures et tonalités. Est-ce votre griffe personnelle ? Saviez-vous précisément où vous alliez dès le départ ?

S- Ma méthode favorite est de m’isoler avec Oscar pour travailler. C’est comme cela que nous fonctionnons et que l’essentiel de la musique voit le jour. L’un de nous a parfois une idée et nous la développons ensemble par la suite. C’est Oscar qui est à l’origine de « in extremis » et de « waltz in E minor » tandis que j’ai été à l’origine de « Eggshell man ». Nous essayons toujours d’obtenir les bons sons et tonalités dès le départ. Puis, nous faisons une démo pour ensuite faire la prise de son finale et éventuellement affiner les réglages. Pour conclure, je te dirais que c’est comme si tu élevais ton enfant de l’enfance à la maturité. Tu fais de ton mieux, tu t’impliques et réponds à ses besoins. C’est exactement cela !

O- Souvent, même si j’ai une idée de ce que je veux dès le départ, le résultat est parfois bien différent à la fin. C’est d’autant plus vrai que Sepand et moi n’avons pas la même approche et c’est justement ce qui rend les choses intéressantes au final. En ce qui concerne la composition, cela part parfois de sons et de textures mais aussi d’une simple mélodie jouée au piano. Il n’y a pas de méthode unique en fait.

16) Le son est excellent. Qui a été votre ingénieur du son ? Cela a t-il pris beaucoup de temps ?

S- L’ingénieur du son sur cet album est Bill Kaylor. Pour ne citer que quelques unes de ses références, il a travaillé pour Ray Charles, Fleetwood Mac et Michael Jackson. Même si cela a duré cinq ans, nous avons tous deux, et en vieux irréductibles, gardé la flamme. Billy Sherwood a aussi mixé l’album et quand je vois tous ces titres au final, je me demande comment il a réussi !

O- Il faut préciser que c’est Billy qui a supervisé l’enregistrement des parties de batterie et cela sonne furieusement bien ! Il a aussi apporté sa touche unique au mixage en général et au final, le son de cet album est vraiment excellent.

17) C’est Paul Whitehead qui a réalisé votre pochette et je dois dire qu’elle attire le regard : mystérieuse voire même dérangeante. Pourriez-vous s’il vous plaît vous prêter à l’exercice de critique d’art et éclairer ainsi nos lanternes ?

S- Regarde chaque personnage sur la pochette et fixe ton attention sur l’homme allongé sur le lit (à l’article de la mort). Tous ces personnages sont autant de ses souvenirs qui tournent autour de lui. Le concept de l’album parle de cet homme qui réfléchit sur sa vie alors qu’il est sur le point de mourir. Tout cela est très proche de notre propre condition humaine : nos erreurs, nos remords et à la fin, ce qui peut nous sembler le plus important. Il y a aussi un clin d’œil à nos premiers pas avec la pochette de notre premier album affichée sur l’écran !

O- Je me souviens avoir passé beaucoup de temps à admirer les pochettes de Paul alors réalisées pour Genesis et Van Der Graaf Generator et pour ne citer que deux groupes. Imagine alors quand tu te vois réaliser ton propre artwork par une telle légende en la matière ! Si tu lis les paroles, tu te rendras compte que la couverture raconte plutôt bien notre histoire. Tu as cet homme en coquille d’œuf si fragile donc, et toujours sur la corde raide. Il tombe sans cesse et remonte inlassablement, il porte une cuillère qui l’aide dans cet exercice. Il y aussi cet homme qui meurt deux fois dans son costume noir et qui porte une cravate noire. J’avais dit à Paul que je trouverais intéressant que ce personnage rencontre son propre fantôme et tu observeras qu’il fixe du regard l’homme allongé sur le lit et en phase terminale. Il est entouré par deux anges. Tu noteras que des instruments non-conventionnels entourent le lit. Sous la perfusion de sang, il y a un moniteur qui maintient le mourant en vie. Sur le lit même, il y a un bateau en train d’être englouti par les vagues. Si tu prends une loupe, tu verras deux personnes à la barre, moi et Sepand. Ce navire porte le pavillon « days between stations ». J’ai un jour confié à Paul comment la poussière se déplaçait comme une valse dans un rayon de lumière. Billy m’a aidé à mettre des mots sur cette idée : « dust dancing on beams of light/ trough open windows, in Extremis » et ici, ce rayon nous illumine Sepand et moi.

S- Bien, j’embrasse le ventre de mon épouse. Elle était enceinte à l’époque. Mon grand remord est d’avoir négligé ma propre famille sous l’autel de l’ambition. C’est ainsi que le titre « visionary » est né (l’image du train et du navire) où un père parle à sa femme et à son enfant non encore né avant qu’il ne se détourne pour partir en conquête avec juste avant le titre « in utero ». Petite anecdote, Paul qui était à l’hôpital pour y observer en douce les lits et les appareils pour les esquisses de l’artwork s’est juste fait virer de là.

Interview réalisée en 2013, petit flasback à l’occasion de la sortie du prochain album à venir début 2018

 

Marillion, “The Invisible Man”, une tentative d’explication de texte

Les paroles de « The Invisible Man sont une référence directe au roman de H. G. Wells, publié en 1897 et certainement parmi les plus belles écrites par Steve Hogarth et Marillion. C’est d’ailleurs de son propre avis l’un des chefs d’œuvre de sa carrière d’un point de vue textuel.

L’idée maitresse du morceau est celui d’un constat, celui d’un monde devenu fou, hors de contrôle. Dans une interview accordée à l’époque de sa sortie en 2004, il exprimait son propre sentiment de rupture vis à vis du monde actuel, l’idée d’être devenu comme un fantôme observant le tout, les scènes de la vie, avec distance et incompréhension.

Pourrait-on mettre cela sur le dos d’une crise de la quarantaine qui nous pousserait à tout remettre en cause à un moment donné, à glorifier le passé et prédire la décadence ?

Cela semble bien plus profond pour H et d’un point de vue culturel et artistique tout d’abord où selon lui, tout échappe de plus en plus à la logique, au bon sens et combien le talent, le travail et la sophistication souffrent de vents contraires, économiquement et médiatiquement. Comment comprendre et accepter la médiocrité et surtout sa prospérité?

La globalisation de l’information ajoute à ce sentiment, à cette capacité donnée, à ce pouvoir de voir le monde tel qui est chaque jour pour en tirer le constat dressé initialement et de réaliser tout l’injustice et le cynisme qui règnent. Nous le verrons treize ans plus tard avec FEAR.

Dès lors, si nous sommes conscients, informés, ne sommes-nous pas coupables de ne pas vouloir changer le monde, de ne pas modifier nos comportements et rester inertes? Il est certain que nous réalisons rapidement notre impuissance la plus absolue et en cela, nous sommes devenus invisibles, non pas lâches, mais des hommes invisibles.

C’est au fond cette frustration combinée à une réelle empathie ou une prise de conscience qui est la plus terrible à vivre et c’est cette histoire que nous raconte Marillion dans cette œuvre.

Artiste au plus profond de lui, H nous livre sa souffrance décuplée, lui qui voit le monde avec ses yeux grands ouverts, ceux d’un homme éveillé. Il doit intimement en souffrir réalisant l’évolution insensée de l’humanité tout en étant lui aussi totalement impotent. Et oui, il y a de quoi devenir fou et il ne l’est certainement pas.

L’homme est fidèle à lui-même et espiègle jusqu’à glisser un beau message caché au sein de la chanson. Cela respire l’amour en miroir à Neverland sans nul doute. Wendy n’est pas loin, sa chérie flotte dans les airs aussi invisiblement que certainement. Mais alors, qui est cette femme qu’il semble tant aimer et qui a choisi un autre homme ? Serait-ce une histoire ancienne refaisant surgir les spectres du passé  et qu’il regarde encore à la manière d’un homme invisible ?

La tension et la beauté du message atteignent ici un paroxysme malgré une souffrance palpable. Nul doute, il aime cette femme et se sent probablement impuissant, désarmé, frustré. Il ne peut qu’observer, voir, se voir comme dans un jeu de miroirs et se dire encore et toujours tel un mantra, « non, je ne suis pas fou ».

Et comme disait Saint Exupéry, « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». Marillion a ce génie : celui de capter l’essence des choses, celles de la vie.

 

Sanguine hum, « What we ask is where we begin : the songs for days session » – 2016

Sanguine Hum est un groupe atypique. Son identité est forte et basée sur un savant mélange de progressif, de canterbury, de jazz et même d’électronique, le tout dans un esprit très “british”. Après le remarqué “Now we have Light”, ils nous proposent en ce début d’année une nouvelle production intitulée : « What we ask is where we Begin: The songs for days Sessions ». Ce double disque présenté en version « deluxe » via Esoteric Antenna n’est pas à proprement dire une nouvelle création puisqu’il reprend sur la première galette ce que l’on peut appeler un album oublié, fruit de leurs débuts et réservé au compte-goutte aux fans à l’époque. Le tout a été dépoussiéré et retravaillé en studio pour l’occasion. La seconde galette contient quant à elle des versions remixées, des extraits de sessions d’enregistrement à l’état brut et des inédits. Un livret de 20 pages accompagne le disque et relate l’histoire de chaque titre du point de vue de chacun des musiciens.

On pourrait penser que cet album est à réserver au public déjà conquis après le superbe « Now we have light » et bien non. Les 31 titres, même si certains paraitront anecdotiques vous sautent à la gorge assez vite. Le ton est donné: cela respire le talent, la fraîcheur, la musicalité. C’est inspiré et inspirant.

Tout leur savoir faire réside à proposer une unique synthèse de pop-rock et d’ambiances atmosphériques hyper travaillées. Matt Baber semble être le chef d’orchestre tant il est omniprésent avec ses instruments : piano, batterie, harmonium, synthétiseur, orgue. Le plus touchant dans ce groupe est certainement la voix particulière de Joff Winks à la fois délicate et sensible. Il gère aussi les parties de guitare.

Si vous êtes curieux, attardez vous sur cette production et vous y découvrirez des trésors : « Cast adrift », « Revisited song », « Milo » ou encore « Hedonic treadmill ». De subtiles parties acoustiques vous sont proposées sur le second disque avec « Double » et « Quartet ». On y croise une inspiration funk bien typique du groupe à l’instar d’un certain « Cat factory » sur « Now we have light ».

L’intérêt du groupe ne se borne pas seulement à leur musique mais à ce qu’ils racontent et cela va loin. Ils abordent largement des thèmes mystiques, philosophiques voire sociologiques à l’image du titre « Hedonic Treadmill », qui nous parle de cette théorie selon laquelle les êtres humains conservent plus ou moins et tout au long de leur vie un même niveau de bonheur et ce, indépendamment de facteurs extérieurs tels que la richesse. Ils évoquent des thèmes tels que le voyage dans le temps, la nécessité de garder son libre arbitre, des sujets profonds susceptibles de nous toucher.

Dès le début, on pouvait penser devoir classer ce disque comme réservé pour les fans.

Force est de constater qu’il peut aussi être une superbe porte d’entrée pour découvrir ce groupe si spécial.

Les connaisseurs et fidèles pourront quant à eux patienter avec beaucoup de bonheur avant leur prochaine réalisation car oui, cet album est encore une réussite et ce groupe à placer dans la catégorie « ce qui ce fait de mieux ». Osons le dire tant ce qu’ils proposent est riche, dense et unique quelque part.

Leur talent est immense et sur cet album, celui de leurs débuts, tout était déjà dit dès le départ.

http://www.esotericrecordings.com/sanguinehum.html

 

 

Neverland, Marillion – Une tentative d’explication de texte

Neverland est certainement la plus belle chanson d’amour dans la discographie du groupe Marillion. Issu du magnifique album Marbles sorti en 2004, ce titre est d’ailleurs devenu une vraie référence en « live » de part l’émotion et la beauté qui s’en dégagent.

Le thème central est l’amour inconditionnel, celui qui donne sans attendre en retour, le plus pur qui soit. Spirituel voire autobiographique, Steve Hogarth peint une fresque incroyable à travers ses paroles. Le tout est au final très subtil et se réfère au roman écrit par JM Barrie et racontant l’histoire fantastique d’un certain Peter Pan et d’une petite fille, Wendy Darling voguant dans un monde imaginaire , le Neverland.

Le tout est un vrai conte sur ce sentiment ultime porté par notre imagination, nos fantasmes, nos peurs et sur le temps qui passe, inexorablement. Peter Pan est donc cet enfant qui refuse de grandir et qui voit en la petite fille une représentation de la mère parfaite, il rêve des histoires qu’elle lui raconte.  Elle aussi souhaite au début du livre ne jamais grandir et c’est ainsi qu’elle rencontre Peter Pan, venu récupérer son ombre, que Wendy recoud, avant de l’accompagner au pays imaginaire. Pourtant, elle constate que cette expérience fait ressortir son côté adulte. En guise d’épilogue, leur séparation est inéluctable et le héros ramène la jeune fille dans sa vraie vie à Londres en lui faisant la promesse de ne jamais oublier, de revenir tous les ans pour l’emmener dans son petit paradis perdu. Il la retrouvera ayant grandi et devenue mère de famille.

Pour revenir à Marillion et après cette digression utile, cette chanson illustre donc toute la poésie de l’histoire et comment H a pu ressentir cela. Combien de fois dans nos vies avons-nous refusé l’idée de vieillir et pu ressentir ce sentiment d’amour impossible digne de cœurs d’enfants ? Face à ce constat et à la réalité de nos engagements, la honte est parfois de mise. C’est ce qui est d’ailleurs dit à travers ces paroles : « I want to be someone, i want to be someone, i want to be someone who someone would want to be someone would want to be ». Dans la vie de rock star qui est la sienne, le chanteur a dû aussi affronter ses propres zones de turbulence amoureuse et ressenti le mal-être, une part certaine de désespoir. A mon sens, s’ il devait y avoir une suite (ou inversement), un appairage à faire à cette réalisation, ce serait sans nul doute « Happiness is the Road ».

La plus belle métaphore qui soit est amenée par Mrs Darling, la mère de Wendy au tout début du roman. Elle dévoile un secret et affirme posséder sur le coin droit de la lèvre la clé ou l’endroit du baiser ultime, celui de l’amour inconditionnel qu’elle ne donnera d’ailleurs à personne ni à son mari, ni à ses enfants.

C’est cela toute la clé de lecture de cette pièce musicale : la solitude, le doute, l’amour puis la libération. Face à nous souffrances, comment l’imaginaire et cette connexion à l’amour vrai peuvent nous aider, nous faire avancer. Comment il est bon de se laisser porter par les rêves et d’imaginer des fées ou des anges veillant sur nous comme lorsque nous étions enfants et regardions le cœur lourd les nuages ? Cette étincelle de magie (this spark that drives me on) est si précieuse quand nous l’accueillons avec bienveillance.

« Undo the hooks, once and for all, banish the tic tic tic tok tok tok »

Traduction : “Délivre toi de ces liens, une bonne fois pour toute et arrête ta montre”

Très clairement, une indication est livrée, la plus philosophique qui soit : l’amour ne fait jamais mal sinon nos attachements et que l’étape de la libération ou du bonheur est d’accepter cela, toute simplement, et de faire vivre toutes nos histoires en nous sans pour autant les enterrer et en nous détachant de nos peurs encore une fois  (notamment celle de l’horloge, du compte à rebours final).

« All these years
Truth In front of my eyes
While I denied
What my heart knows was right »

Steve Hogarth (cf interview Colours and Sound) nous livre aussi un joli secret caché dans l’artwork de l’album et réalisé par le génial Carl Glover. On retrouve l’esquisse d’un nuage en forme de lèvre et orné d’une étoile sur le coin droit. Cela ne vous évoque t-il pas quelque chose ? C’est cela la subtilité de l’art : des messages cachés ici et là.

Rêvons et continuons à aimer, ici comme ailleurs, dans nos Neverlands et écoutons Marillion ! The road to happiness…

 

 

 

 

 

Blackstar de David Bowie : une tentative d’explication approfondie

Blackstar est le dernier album de David Bowie. Sorti le 8 janvier 2016 et  le vingt cinquième de sa carrière, il est en lui-même une œuvre fascinante qu’il laisse en guise de cadeau d’adieu, un bijou qu’il semble avoir préparé durant sa phase de trépas, une année entière durant laquelle il ne donnera aucune interview, un an pour accoucher de sa propre mort, de son étoile noire. En s’effondrant sur lui-même, il livrera au monde qui sait son titre le plus beau et le plus mystérieux à savoir le titre éponyme de l’album. Je vous présente ici une brève analyse afin de mettre en lumière toute l’intelligence de la création.

 

Plus que jamais, la vidéo et la musique forment un « tout ». Les sonorités percussives dignes de rites de messes noires et le style free-jazz se combinent à des images incroyables, cauchemardesques, apocalyptiques. Les notes électroniques sont autant de balles qui filent à toute vitesse pour traverser le corps du condamné à mort. Il est d’ailleurs à noter que l’artiste aurait voulu cela comme une référence directe aux exécutions du groupe islamique. Au final, le tout est d’un esthétisme tel que cela laisse pantois. L’artiste sera mort tel qu’il aura toujours vécu : en artiste libre et génial. A y regarder de près, en disséquant le premier titre, il semble même se jouer de nous en nous laissant libre de l’interprétation et de notre regard sur notre propre fin à venir.

Le titre

Premièrement, l’étoile noire est en physique un objet issu de l’effondrement d’une étoile massive, et d’une densité telle que sa vitesse de libération excède la vitesse de la lumière, le rendant obscur, ou à défaut extrêmement sombre. Toutefois, contrairement au trou noir, il n’y a pas d’horizon d’événements, et l’étoile noire est un corps réel et matériel. Cela commence ainsi et nous pourrions philosopher longuement pour commencer.

Deuxièmement, le nom de « blackstar » est utilisé pour décrire une lésion cancéreuse généralement associée au cancer du sein. C’est une drôle de coïncidence du fait que cette maladie l’a lui-même emporté.

Le plus étonnant est enfin ce clin d’œil à un artiste qu’il vénérait et avec qui il partageait la même date d’anniversaire : Elvis Presley. Ce dernier avait écrit en son temps une chanson peu connue du nom de Blackstar et dans laquelle il chante : « When a man sees his black star, he knows his time has come ». L’homme est facétieux à souhait. Saviez-vous que la pochette du disque vinyle décriée à l’époque pour son côté simpliste brille au soleil et découvre une véritable surprise magique ? L’étoile noire se mue en galaxie qui scintille de mille feux. David Bowie a décidément fait en sorte que son génie se manifeste encore et toujours de manière inattendue.

Symbolisme et imaginaire

En visionnant le clip, une quantité de références ésotériques nous frappent. Elles pourraient avoir été choisies par hasard mais à y regarder de plus près, des thèmes bien précis sont abordés à commencer par la théorie des anciens astronautes. On voit au début une femme arborant une queue s’approcher d’un cosmonaute ou du moins d’un squelette paré de bijoux telle une offrande. Cette théorie est une spéculation selon laquelle les anciennes civilisations ont été en contact avec des « visiteurs » extraterrestres venus apporter sur la terre le savoir dans les domaines de l’écriture, de l’architecture, de l’agriculture, des mathématiques, de l’astronomie et de la médecine.

Ces « êtres » technologiquement plus avancés que l’Homme seraient devenus, au fil des siècles, des « dieux », ces êtres supranaturels dont parlent les anciennes mythologies et dont l’archéologie met les cultes en évidence. Cette femme apporte au sein de son village le tout comme une relique sainte et on arrive alors au symbolisme. Notons au passage qu’au moment même où elle ouvre le casque, une bougie et sa flamme apparaissent comme si la mort et la vie se juxtaposaient. Enfin dans l’esprit de Bowie, il est à préciser que la queue, attribut rajouté à cette femme est d’ordre aussi sexuel.

Ce personnage pourrait aussi être ainsi considéré comme une artiste avec un pouvoir de divination qui lui permet de voir l’invisible à savoir la beauté divine. Non effrayée par cette vision macabre, elle semble au contraire le regarder avec calme et le fixe dans ses yeux. A son retour, elle amène sa découverte à ses amis aussi artistes. Ils se lancent alors dans un rituel mystique mais mystérieusement joyeux.

Il est enfin à noter une référence à l’agnosticisme. Lorsque que David Bowie s’affiche les yeux bandés avec des billes noires moqueuses, la référence est flagrante dans le contexte. Les agnostiques pensaient que le dieu de l’ancien testament était une créature du diable créée par accident. Le fait d’être aveugle et fou l’empêchait de voir la réalité et l’existence d’autres divinités.

Mais de façon plus concrète, le cosmonaute n’est autre que Major Tom de Space Oddity, perdu dans l’espace et qu’on aurait enfin retrouvé !

Villa of Ormen

La première phrase prononcée par David Bowie interpelle dès le départ : « In the villa of Ormen ». Il est à noter qu’un site anonyme (www. thevillaoformen.tumblr.com) compte au sein de ses archives des références visuelles ressemblant en tous points au film. Mis en ligne en novembre 2015, le lien est indéniable comme le mystère qu’il représente.

Ormen est aussi un village de Norvège où son ancienne petite amie Hermione Farthingale est allée en 1969 pour le tournage du film  Song of Norway dédié au compositeur Edvard Grieg. Qui plus est, on voit distinctivement le chanteur arborer un t-shirt avec l’inscription du titre du même film dans un clip de 2013 (Where We Are Now). Certains esprits inventifs voient même un jeu de mot dans « in the villa Ormen » car pouvant signifier « the revealer of all men » à savoir la mort !

L’artiste se joue de nous comme il se joue de lui avec un fascinant lyrisme symbolique. Regardez ces smileys sur sa veste et comment ils indiquent qu’il ne faut jamais prendre la vie au sérieux.

 

 

 

 

Danse rituelle

Les mouvements indiquent la transe, comme un rituel de passage ou encore une fête, ces mêmes célébrations dont on ignore le sens. Selon le directeur artistique Johan Reck, Bowie nous offre une référence pour le moins inattendue : celle de Popeye. On voit en effet dans ce dessin animé des années 30 une série de mouvements pour le moins bizarres, saccadés. Fasciné par cela, l’artiste les reprend avec une modernité folle comme si les artistes incarnaient une sorte de danse animée façon « gif ». Etonnant non ?

David Bowie incarne enfin un faux prêtre comme dans The Next Day. Il semble cynique pour le coup alternant un ton tantôt flatteur tantôt moqueur. Se moquerait-il de la religion ? Il dit d’ailleurs à qui veut l’entendre « You’re a flash in the pan/ I’m the great I Am.” (je suis dieu tout puissant et vous n’êtes que des feux de paille). La façon dont il s’affiche avec la bible rappelle bien évidemment le culte de la personnalité soviétique, et maoïste.

En guise de conclusion, on voit bien qu’avec Bowie, le hasard et la coïncidence n’ont aucune place. Tout est savamment calculé de sorte à nous éblouir encore une fois. Espèce de fusion ou de synthèse de son œuvre et ses influences, il boucle la boucle pour mourir en étoile. Il y encore mille choses à découvrir à coup sur dans ce disque et pour l’occasion d’un fabuleux et long voyage en perspective. David Bowie est certainement l’artiste le plus complet des quarante dernières années. J’ai bien dit « est » et non « était » car les dieux tout comme les œuvres d’art sont immortels.

Cadeau bonus : kit de décodage de la pochette 😃